Allocution du Président de la République à Biskra

Publié le par Alliance ANR - UDR

Allocution du Président de la République lors de la rencontre nationale sur le renouveau de l'économie agricole et le renouveau rural

Biskra, 28 février 2009

Mesdames, Messieurs,

Chers frères, chères sœurs,

Je voudrais d'abord vous dire mon plaisir de vous rencontrer ici à Biskra, Biskra qui témoigne de la profondeur de notre passé et de l'ancrage plus que  millénaire de notre peuple dans sa foi islamique.

Cette rencontre est aussi, pour nous, un retour aux sources, à cette Algérie rurale qui a tant donné à la Révolution de Novembre, un retour vers les fellahs dignes qui ont abrité, nourri et soutenu activement l'Armée de libération nationale, en dépit d'une répression coloniale féroce.

De fait, la terre, propriété sacrée pour notre peuple, a été notre bien  national qui a le plus subi la spoliation coloniale. Elle a donc été tout naturellement le premier domaine sur lequel l'Algérie indépendante a rétabli la souveraineté nationale.
 
Le monde rural a également été parmi les victimes majeures de la tragédie nationale, source d'un exode rural aigu venu s'ajouter à l'arrêt du processus de développement national. Ce fut donc logiquement que, dans la paix revenue, cette décennie a été marquée par un effort intense pour la relance de l'agriculture.

Je voudrais saisir cette occasion pour revenir sur le chemin déjà parcouru dans la renaissance agricole, et pour partager avec vous quelques réflexions sur les enjeux que représente ce secteur pour toute l'économie nationale. J'indiquerai enfin, les voies et les moyens par lesquels nous comptons traduire, sur le terrain, notre volonté de développer davantage le secteur agricole au service de la sécurité  alimentaire du pays et pour propager le développement économique et social dans le monde rural.

Chers frères, chères sœurs,

Les dix dernières années ont enregistré une véritable mobilisation nationale au profit de l'agriculture et du développement rural, avec près de 350 milliards DA directement engagés par le budget de l'Etat, montant auquel s'est ajouté un encouragement à l'investissement privé dans l'économie agraire. En outre, et pour la première fois, les agriculteurs ont bénéficié en 2001, d'un effacement de leurs dettes par l'Etat, pour un montant de 14 milliards DA.

Tout cela s'est traduit par une évolution sensible, illustrée notamment par l'extension de la surface agricole utile de plus d'un demi million d'hectares, la plantation d'une surface équivalente en arboriculture, le doublement des  surfaces irriguées à travers le pays, ainsi que la mise à niveau de plus de 100.000 exploitations agricoles.

Les parcours d'élevage ont également connu un gigantesque effort  de rénovation grâce à la mise en défens et à des plantations ayant touché,  ensemble, plus de 14 millions d'hectares, en marge d'une lutte soutenue contre la désertification.

En parallèle, un important programme de développement rural a permis une rénovation des conditions de vie et une augmentation des sources de revenus au bénéfice de la population locale. Cela est venu s'ajouter à la densification à travers nos campagnes, du réseau des infrastructures scolaires et de santé, à la réalisation de centaines de milliers de logements ruraux, ainsi qu'aux progrès enregistrés en matière de raccordement à l'eau potable, à l'électricité, et au gaz naturel.

La relance de l'agriculture a déjà donné ses premiers fruits au bénéfice de toute la nation. En effet, ce secteur a enregistré une moyenne de croissance de près de 6% durant toute la décennie, en dépit de deux années de sécheresse sévère, devenant ainsi la deuxième source de production de biens dans le pays après les hydrocarbures.

En outre, le secteur agricole a fortement participé à la lutte contre le chômage, avec la création de près d’un million d'emplois durant la même  période. Il a également concouru à l'amélioration du niveau de vie de toute la population grâce à une plus grande disponibilité de nombreux produits sur  le marché. Il a, enfin, contribué à une amélioration incontestable des revenus de la population rurale.

Mesdames, Messieurs,

Pour aussi louables que soient les progrès déjà enregistrés par la relance du secteur agricole, ces résultats ne sauraient cependant nous satisfaire encore.

En effet, les capacités productives de la terre sont encore otages d'une pluviométrie aléatoire, alors que les modes d'exploitation sont souvent archaïque. L'augmentation de la production, notamment pour les fruits et légumes, n'a toujours pas eu des retombées suffisantes ni pour les agriculteurs ni pour les consommateurs, par le fait d'une faible régulation et des pratiques spéculatives. L'exode rural n'a également pas été ralenti ni encore moins inversé, près de 80% de notre  population étant concentrés dans les agglomérations urbaines.

Par ailleurs, la sécurité alimentaire du pays demeure excessivement  dépendante de l'extérieur, avec une facture des importations alimentaires qui a évolué de moins de 3 milliards de dollars en 2003 à près de 8 milliards de dollars l'année dernière, ce qui reflète surtout une hausse particulièrement maquée dans nos importations de céréales et de lait.

Certes, notre peuple n'a pas subi l'année dernière les graves difficultés vécues ailleurs dans le monde, à la suite de la flambée des coûts des produits alimentaires. Mais cela a nécessité la mobilisation de près de 190 milliards DA en subventions du trésor public pour stabiliser les prix du lait, des semoules et des farines pour le pain.

Tels sont, donc, tous les défis stratégiques qui nous interpellent pour la poursuite de l'effort, en vue de faire de l'agriculture un véritable moteur de la croissance, du bien-être de toute la population mais aussi de la  sécurité alimentaire du pays, laquelle deviendra de plus en plus une affaire de sécurité nationale dans le monde d'aujourd'hui.

Mesdames et Messieurs,

Notre pays s'est doté ces dernières années d'une législation encadrant  la stratégie nationale d'aménagement du territoire dont les schémas directeurs sont à présent en voie d'achèvement dans tous les secteurs, y compris celui de l'agriculture.

En outre, la loi d'orientation agricole adoptée l'année dernière a défini les voies et moyens de protection, de promotion, et de régulation du secteur agricole ainsi que d'organisation de sa profession, clarifiant également le mode d'exploitation des terres agricoles du domaine privé de l'Etat qui sont éligibles au régime exclusif de la concession. Cette législation sera renforcée bientôt par un texte relatif aux conditions d'octroi des concessions des terres agricoles publiques, en veillant à valoriser ce patrimoine, mais aussi et surtout à préserver les droits des travailleurs de la terre.

L'Etat s’est également attelé à résoudre la question de l'eau dans notre pays au bénéfice de la population mais, aussi, au service de l'agriculture.

A ce titre, la réalisation de barrages, de retenues collinaires, et de stations d'épuration des eaux usées est appelée à se poursuivre.

De même, la réalisation de stations de dessalement de l'eau de mer,  dont le programme sera encore renforcé, permettra non seulement de satisfaire les besoins de la population mais aussi de libérer d'importantes quantités d'eau des barrages pour les besoins de l'irrigation.

En parallèle, et après la mise en chantier du transfert d'eau de In-Salah vers Tamanrasset, j'ai ordonné le lancement des études pour trois autres opérations majeures de transfert d'eau de la nappe albienne au Sud du pays vers  une dizaine de wilayas des Hauts-Plateaux. Tout cet effort qui se conjuguera avec le développement des technologies d'irrigation plus économes, permettra de libérer sensiblement l'agriculture et même l'élevage de la dépendance envers la pluviométrie dans une région géographique de plus en plus aride.

Nous oeuvrons aussi à l'amélioration de la régulation des circuits de  distribution des produits agricoles. Cela s'est déjà traduit, l'année dernière, par une intervention publique réussie sur la production de pomme de terre, et qui sera étendue, dès cette année, à d'autres productions. En même temps, nous  poursuivrons la réalisation d'un vaste programme de construction de marchés pour l'écoulement de la production de l'agriculture et de l'élevage, ainsi que de centres d'abattages modernes à travers les Hauts-Plateaux.

En outre, l'année écoulée a vu la mise en place de nouvelles mesures  de soutien à l'agriculture, dont je citerai, notamment, la création d'un crédit  sans intérêts au bénéfice des exploitations agricoles et des éleveurs. Cette  année a été, quant à elle, entamée avec le lancement de contrats programme entre, d'une part, les agriculteurs et les éleveurs s'engageant pour une amélioration de leurs productions, et, d'autre part, l'Etat qui s'engage ainsi à les soutenir dans cette effort.

Ce soutien substantiel de l'Etat accompagnera toute la chaîne de la production agricole et d'élevage. Le gouvernement veillera à mener une  vaste campagne d'explication de la substance et de la portée de toutes ces nouvelles mesures de soutien qui entrent en vigueur dès ce jour, et dont j'énoncerai, ici, les lignes essentielles.

Mesdames, Messieurs,

Premièrement: en vue de relever la quantité et la qualité des productions agricoles, l'Etat mettra en place une subvention sur les coûts d'acquisition et de reproduction des semences et des plants.

De même, une subvention publique sur le prix d'acquisition des engrais sera octroyée pour toutes les cultures.

Deuxièmement: un soutien public sera également mis en place pour l'acquisition de matériels agricoles au bénéfice des différentes cultures et de l'élevage, ainsi que du matériel d'irrigation économisant l'eau. Cette aide ira exclusivement à la location-vente d'équipements produits localement.

Troisièmement: en dépit de la baisse des prix des céréales sur le marché mondial, l'Etat qui est soucieux d'encourager la production locale, a décidé de donner un caractère permanent aux prix mis en place l'année dernière pour les récoltes de blé et d'orge collectées par les coopératives. Un prix encourageant sera versé aussi à la collecte des récoltes de légumes secs.

Quatrièmement: le développement de la production et de la collecte de lait sera également soutenu par des encouragements publics substantiels destinés à l'acquisition de vaches laitières auprès de fournisseurs conventionnés, à la rénovation des installations, à l'achat des matériels de collecte, et à la production de fourrage. En outre, les subventions publiques à la production et à la collecte de lait seront relevées.

Dans le même temps, le soutien sur le prix de la poudre de lait importée, qui est actuellement octroyé aux laiteries, sera graduellement conditionné par la part de production laitière locale collectée et utilisée par ces opérateurs.
Cinquièmement: la production de viande bénéficiera elle, aussi, d'un soutien important étendu à l'ensemble de ses filières.

Il en sera, ainsi, de l'élevage ovin et caprin qui sera soutenu notamment par une prise en charge de la vaccination animale, l'octroi de subvention pour la modernisation des bâtiments d'élevage, la création de centres de multiplication, ainsi que la fourniture de fourrage à des prix subventionnés dans les situations de sécheresse.

L'aviculture et le petit élevage bénéficieront d'un soutien pour l'acquisition de cheptel, la rénovation des moyens de production, ainsi que pour l'investissement dans l'industrie de transformation.

L'élevage équin et de camelin sera, quant à lui, encouragé notamment, à travers la reproduction des races locales ainsi que le développement des métiers liés à ces activités.

Sixièmement: l'Etat apportera un soutien renforcé à certaines productions arboricoles.

A ce titre, la production d'huile d'olive accédera à un soutien  particulier qui sera étendu à l'acquisition de matériels destinés à la réalisation d'huileries ainsi que de capacités de stockage et de conditionnement de la production.

La culture et l'exportation de la datte bénéficieront d'un encouragement adapté qui sera étendu à la préservation et à la rénovation des palmeraies, à la réalisation d'unités de conditionnement, ainsi qu'à l'exportation.

Septièmement: en vue de relever la qualité de l'encadrement de l'activité agricole, le système national d'enseignement intensifiera la formation d'ingénieurs et de techniciens dans les filières et métiers liés à cette activité.

En outre, les coopératives d'agriculture et d'élevage seront désormais  éligibles au bénéfice des dispositifs publics d'aide à l'insertion professionnelle, mis en place en faveur du secteur économique. Elles pourront, ainsi, bénéficier du concours de cadres universitaires, dont l'essentiel du salaire sera temporairement pris en charge par l'Etat.

Huitièmement: enfin, et dans le but d'encourager le monde agricole  à fournir l'effort intense attendu de lui pour moderniser l'activité et augmenter ses diverses production, j'annonce que l'Etat a décidé d'effacer la totalité de la dette des agriculteurs et des éleveurs, qui s'élève actuellement, à 41 milliards DA. Cette dette sera rachetée par le Trésor Public et, de ce fait, les banques doivent cesser, dès ce jour, toute démarche pour le recouvrement de leur créances auprès des agriculteurs et des éleveurs.

Mesdames, Messieurs,

Le saut qualitatif que nous entendons ainsi faire dans le développement de l'agriculture, nécessitera la mobilisation d'un concours financier de l'Etat de près de 200 milliards DA, soit près de 3 milliards de dollars par année.

C'est là un sacrifice important que le pays entend engager mais qui  est de nature à générer des résultats majeurs pour l'ensemble de l'économie nationale et pour la vie de tous les citoyens. Pour cela, le concours de tous est requis tout comme est nécessaire la plus grande rigueur dans l'utilisation de ces importantes ressources.

A cette effet, j'invite d'abord le gouvernement à mettre à niveau les  capacités et les méthodes de travail de l'administration chargée de l'agriculture, afin d'accompagner ce renouveau agricole.

J'invite les agriculteurs et les éleveurs à s'organiser davantage à  travers leurs filières et autour des chambres nationales et locales d'agriculture. En effet, la modernisation de l'activité agricole que nous voulons mettre en place exige des circuits rénovés de dialogue, d'intervention et de contrôle.

J'attends, en outre, des différents services de contrôle de l'Etat, de  veiller de près à prévenir toute tentative de détournement du soutien public à l'agriculture vers des fins spéculatives et parasitaires. De son côté, la  Justice devra veiller à sanctionner avec toute la vigueur de la loi toute dérive qui sera constatée.

Par ailleurs, le gouvernement est interpellé pour prendre les mesures requises en vue de la remise à niveau des entreprises publiques  intervenant dans la production de matériels et d'équipements destinés à l'agriculture, y compris pour l'irrigation.

Le Gouvernement doit, en outre, oeuvrer à la mobilisation de partenariats à même d'améliorer la qualité de la production des entreprises publiques concernées. Nos partenaires étrangers, disposés à nous apporter leur savoir-faire, bénéficieront ainsi de l'important programme de modernisation et d'équipement de notre secteur agricole.

Des mesures doivent également être prises par le Gouvernement afin de récupérer les capacités publiques de stockage et de froid non exploitées ainsi que les silos de blés, de remettre à niveau tous ces moyens, et de les mobiliser pour la régulation de la production agricole.

Je m'adresse aux opérateurs nationaux que j'invite à investir davantage dans les activités en amont et en aval de l'agriculture pour tirer profit de ce vaste programme. Leurs interventions dans ce domaine, qui revêt une importance particulière pour notre pays, seront accompagnées de l'encouragement des pouvoir publics.

Je m'adresse également aux investisseurs provenant de pays frères et  amis qui ont manifesté l'intention de s'engager dans la production agricole  dans notre pays. Ils seront les bienvenus d'autant que le cadre législatif est  désormais propice à ces interventions et que l'Etat a clairement affiché son choix stratégique pour le développement du secteur agricole, y compris l'élevage. Cependant, toute production agricole qui sera ainsi réalisée en partenariat, devra être destinée, en priorité, à la satisfaction des besoins du marché national.

Je me tourne, enfin, vers vous, chers frères, chères sœurs agriculteurs  et éleveurs, pour vous inviter à une mobilisation réelle, à la hauteur des moyens que l'Etat entend mettre à votre disposition.

Cette mobilisation est à la mesure de nos capacités nationales. Elle  s'inscrira dans le sursaut qualitatif que notre pays doit accomplir pour bâtir une Algérie forte et prospère, après avoir réussi à sortir de la tragédie nationale, pour parachever ainsi le processus de redressement national.

L'enjeu en est la préservation de l'indépendance nationale qui nécessite la garantie de la sécurité alimentaire de notre peuple. L'enjeu en est, aussi, un développement stable et continu, dont l'agriculture constitue un moteur puissant, au service de nos jeunes générations. L'enjeu en est enfin, l'aboutissement réel de ce long chemin qui nous a conduit à restaurer la liberté et à recouvrer la terre de nos ancêtres.

Je vous remercie de votre aimable attention.

ABDELAZIZ BOUTEFLIKA

Publié dans Communiqués

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