LES ALGÉRIENS N’ONT JAMAIS ROMPU

Publié le par Alliance ANR - UDR

 



LES ALGÉRIENS N’ONT JAMAIS ROMPU

Le feu toujours sous la cendre

Le cinq juillet 1962 est l’aboutissement d’un long combat jalonné de multiples révoltes qui ont marqué l’histoire de l’Algérie coloniale. Les Algériens avaient certes plié mais n’ont jamais rompu sous le joug. Le pays fut certes conquis mais jamais totalement soumis. Le feu de la colère était tel des cendres jamais éteintes. Il repartait au moindre souffle. Cet esprit de résistance populaire a marqué l’Histoire tout au long de près d’un siècle et demi -de présence coloniale.



La caractéristique de l’histoire algérienne est justement dans le nombre de ces révoltes qui ont fini par donner un cachet populaire à la résistance, en faire un trait de caractère et de culture. La poésie populaire chez Si Mohand, Belkheir ou Mustapha Benbrahim traduit sans doute le mieux cette volonté, cette période faite de souffrances, d’écrasement mais aussi d’espoir têtu et de volonté de vivre. Ce n’est sans doute pas un hasard si dans des chants nationalistes on ressuscite même des figures de l’antiquité, symboles de refus et de lutte.
La guerre de libération est de ce point de vue différente des mouvements d’émancipation connus ailleurs. Il ne s’agissait nullement de la colère et du soulèvement d’une seule élite soucieuse de ses seuls intérêts économiques ou politique de classe. La Révolution algérienne a eu un caractère fondamentalement populaire. Son slogan "d’un seul héros, le peuple" n’est pas du tout usurpé. Le FLN n’était pas obsédée par une seule classe comme en Chine ou en Urss mais se voulait une large union de tous les patriotes.
Il se voulait instrument de libération de tous les algériens. Le poète Jean El Mouhouv Amrouche a fort justement intitulé son essai paru en 1946 sur cette permanence de la résistance algérienne dont eurent à pâtir déjà les légions romaines, les cavaleries musulmanes «l’éternel Jugurtha».
L’histoire de l’Algérie dès le débarquement des forces d’occupation en 1830 sur une plage du littoral ouest d’Alger se lit comme une suite ininterrompue de résistances. L’Emir Abdelkader résistera dix sept ans durant en fédérant les tribus de l’ouest algérien surtout. Son mouvement rencontrera aide et soutien au delà des limites de cette région du pays.
L’occupation du pays ne s’était pas réduite à une ballade pour les officiers de la colonisation.
Là où les soldats arrivent, ils font face à des patriotes qui luttent vaillamment pour sauvegarder leurs biens et leurs coutumes. Ahmed Bey, Fatma N’soumeur et Boubaghla en Kabylie et plus tard Cheikh Bouammama qui se leva pour ralentir l’avancée des troupes coloniales vers le sud ouest sont autant de héros immortalisés par l’Histoire. Il faut ajouter à eux les cheikhs Aheddad et Mokrani et le dernier, Cheikh Amoud chez les Touaregs qui va clôturer cette série de révoltes matées dans le sang. La France mettra ainsi près d’un siècle pour dominer totalement notre pays au prix de massacres, de destructions et d’enfumades qui ont à jamais souillé son image.



Tout le dix neuvième siècle est ainsi marqué par ces éruptions souvent tribales. Tantôt au nom de la religion mais aussi pour préserver le pays des nuées de sauterelles qui s’abattirent sur lui pour spolier et occuper ses meilleures terres et soumettre ses populations au code de l’indigénat. L’étendard de l’insoumission passa de tribu en tribu. L’émigration algérienne prendra certes le relais à partir des années 20 mais en s’appuyant sur cet esprit porté durant des décennies par des patriotes de toutes les parties du pays. Tous les prétextes étaient occasions à rébellion. La circonscription donne ainsi lieu à des révoltes dans les Aurès en 1916 et la famine pousse à la rébellion à Miliana. La France n’a jamais connu de répit. Au lendemain du 8 Mai 1945, tel officiel ne s’est trompé en promettant à ses compatriotes …. Dix ans de répit. Ce jour là, le sang algérien coula à flots. La France coloniale a toujours su que les apparences étaient trompeuses et tenaient constamment les indigènes à l’œil. Sait-on jamais. Même quand les mouvements collectifs venaient à s’essouffler, il y avait toujours des hommes seuls qui se levaient pour dire non et combattre les hommes et les lois injustes de l’occupant.
Ce sont Arezki Lvachir en Kabylie, Azelmat Dans les Aurés ou Bouziane El Kelaai en Oranie. Le 5 juillet a mis un point final à ces luttes de générations entières. Chacune ne cesse le combat que pour imaginer de meilleures stratégies d’organisation et de lutte dans un mouvement incessant d’aspiration et de reconquête de la liberté.

H. Rachid.


DES MOUDJAHIDINE DE LA WILAYA IV REVISITENT L'HISTOIRE


Le combat triomphal pour une cause juste


Après 132 ans de damnation collective et de privation, où les atrocités les plus abjectes ont été commises à l'encontre du peuple algérien, resté fièrement et inlassablement insoumis, de génération en génération, au joug colonial, survint l'indépendance, un certain 5 juillet 1962. Date marquant la fin de la nuit coloniale et le commencement d'un nouveau destin pour une nation qui a, au prix d'une révolution, gravé, le mot liberté dans les pages de l'Histoire moderne, en lettres de sang offert par ses enfants,

Ainsi, la liesse des Algériens qui suivit la proclamation de l'indépendance n'eut, pour ainsi dire, d'égal que l'acharnement qui anima leur combat révolutionnaire pour une vie digne sur leur terre spoliée par un colonisateur au nom de la civilisation.
«On ne peut décrire en quelques mots la joie de notre peuple lorsqu'il a recouvré son indépendance. Car avant le cessez-le-feu du 19 mars 1962, personne ne pouvait, parmi nous, prédire un proche dénouement triomphal de notre lutte, tant les combats faisaient encore rage dans les maquis», avoue Arbouz Mouloud qui était, avant l'annonce du cessez-le-feu, le chef militaire du secteur 2, région 3, zone 4 de la wilaya IV historique.

Agé actuellement de 84 ans, ce baroudeur des maquis des Beni Menaceur, un des hauts lieux de la Révolution, avait, sous sa responsabilité, durant la guerre de libération nationale, 200 moudjahidine. Pour lui et ses amis, le serment sacré prêté à la patrie résumait toute la quintessence de leur engagement.

«En rejoignant le maquis, les moudjahidine ont juré de lutter jusqu'à l'indépendance ou mourir sur le champ d'honneur. Tout cela pour dire, qu'au moment de la proclamation de l'indépendance, nos premières pensées ont été pour nos valeureux martyrs, que Dieu les accueille en son vaste paradis, qui n'ont pas partagé avec nous la joie de la liberté», se souvient Arbouz.

En évoquant la mémoire des martyrs, les autres anciens moudjahidine, qui faisaient partie de ses troupes à l'époque où il chapeautait avant 1961 le secteur 2 de la région 3, rencontrés récemment en sa compagnie, dans sa demeure, située à Menaceur, wilaya de Tipasa, se sont tous replongés, non sans nostalgie et fierté, dans leurs souvenirs pour y puiser qui une anecdote qui une séquence pour reconstituer l'épopée d'une victoire héroïque.

 

LA VIGILANCE TOUJOURS DE MISE

«Durant la nuit du 18 mars 1962, j'étais en compagnie de Si Mouloud Arbouz du côté de M'haba, sur les hauteurs de Gouraya. En écoutant, via le transistor, l'annonce du cessez-le-feu, c'était un moment intense. Mu par la joie, j’ ai vite fait de le rapporter à mon supérieur.

Tout en gardant son calme, il me fit une remarque, qui refléta tout ce qu'il pensa de l'évènement. En substance il me dit : il faut toujours rester sur ses gardes, car avec eux (l'armée française) toute mauvaise surprise n'est pas à écarter. Avec tous les efforts que je déployais, il resta imperturbable dans sa position. Et il n'avait pas tort», raconte Abbou Omar, le secrétaire de Arbouz Mouloud. La suite de cet épisode a été narrée par ce dernier : «Le lendemain de la nouvelle et avant l'entrée effective de l'accord, l'endroit où se trouvait mon groupe a été bombardé depuis la mer. Nous ne déplorâmes aucune victime, mais pour autant, ceci dévoila pour la énième fois toutes les intentions malveillantes de l'armée coloniale. Chemin faisant, nous procédâmes, mes collaborateurs et moi-même, quelques jours après, à la tenue, comme le signifièrent les directives de ma hiérarchie de la région, d'un rassemblement de tous les moudjahidine de mon secteur. Les teneurs de cette réunion, qui se déroula à Si Mhamed Aklouche dans les monts de Messelmoun à Gouraya, portèrent sur la conduite à respecter par nos troupes jusqu'au référendum de l'autodétermination, entre autres, demeurer dans nos positions armes à la main jusqu'à nouvel ordre. Aussi, c'était également l'occasion pour annoncer aux djounoud qu'ils pouvaient disposer d'une permission pour revoir leur famille».

C’EST LA LEVÉE DU SOLEIL

Toutefois, après ce tournant inespéré pris par la Révolution, les maquis commencèrent à recevoir par milliers de nouveaux hôtes. « À partir du 19 mars, les familles algériennes impatientes de nous voir, nous, leurs enfants, ont bravé tous les dangers pour nous rejoindre dans les djebels. C'étaient des instants d'une communion sans pareille. Elles (les familles) montaient en longue procession. J'ai souvenance qu'elles cadençaient leur marche par des chants patriotiques et des interminables youyous. Je ne peux pas oublier cette liesse», se rappelle Daouaoui, chargé de la logistique au niveau du secteur 2 à Menaceur. Des scènes de bonheur retrouvé identiques ont jalonné toute la période qui sépara le cessez-le-feu du jour de l'indépendance. «Les villages et douars de toute notre région ont été presque entièrement désertés par leurs habitants. Pour la simple raison, ils étaient en notre compagnie, célébrant comme il se doit l'aboutissement d'un rêve caressé depuis plus de 130 ans», résume à sa façon Bounekref Ahmed, dit Hamdoud, un autre moudjahid de Beni Menaceur, les quelques mois ayant précédé l'indépendance.


L’EMBLÈME NATIONAL FLOTTE HAUT


Au demeurant, «si ma mémoire est toujours bonne, je me souviens qu'aux environs du mois de juin 1962, un rassemblement des forces de l'ALN de la région (Menaceur) s'était déroulé à Boussemane, endroit relevant de notre secteur. Nous étions quelque 750 moudjahids à y participer. L'objectif tracé était de réorganiser nos troupes selon un nouvel organigramme plus adapté à la conjoncture d'alors. Il était donc question de former un bataillon, composé de cinq compagnies. Au moment de la réunion, des avions de l'armée française survolèrent les lieux. Pour riposter à la menace qui pesait au-dessus de nos têtes, nous avons pris positions sur les crêtes alentours. Cela fait, nous avons ouvert le feu sur l'ennemi qui a tout de suite pris la fuite», se remémore Chenile Mohamed, un autre enfant terrible de Beni Menaceur, avant qu'Omar Abbou ajoute : «Aux bois sacrés de Gouraya, nous avons aussi tenu le même rassemblement pour constituer un bataillon. Suite à quoi chaque compagnie a pris une destination. C'est à ce moment là que je me suis séparé, devoir patriotique oblige, de mon ami Arbouz Mouloud. Mon affectation à Bourkika (commune relevant actuellement de Tipasa) m'a fait vivre le plus beau jour de ma vie. En effet, le jour du référendum, j'exerçais en qualité de PM dans cette ville. A 17h00, avant même la proclamation des suffrages, j'ai hissé l'emblème algérien à la place du drapeau français au sein même du siège de la gendarmerie. En ces moments, je ressentis une fierté incommensurable. Sentiment partagé par la population de Bourkika entière». Ce détail a fait rejaillir un souvenir identique de la mémoire de Bounekraf dit Hamdoud. «Après mon affectation à Alger, j'ai participé au défilé célébrant l'indépendance. Tout le long du trajet de notre cortège, les Algérois scandaient victoire et se mêlaient à nos rangs. Arrivés à Sidi Fredj, nous avons assisté à la levée des couleurs nationales. Tout le monde pleurait de joie». En somme, conclut Bouhi Ramdane, agent de liaison rattaché au PC de la wilaya IV historique, «même si les endroits diffèrent, la même joie enveloppait l'Algérie. Celle de la liberté conquise».

Amirouche Lebbal.
 

Anecdote de Mouloud Arbouz

Après le cessez-le-feu et son affectation à Thenia, Arbouz Mouloud a revu le harki qui l'a dénoncé à l'ennemi. Acte qui a failli, n'était sa vigilance, lui coûter la vie. «Des moudjahidine l'ont capturé et ils m'ont demandé que je me rende justice moi-même. Je leur ai répondu que la guerre est désormais finie. Toutefois, s'il avait eu la malchance de me rencontrer en pleine Révolution, je me serai comporté autrement. Car la guerre c'est la guerre et la paix il faut la préserver».

A. L.


LES MOMENTS DE LIESSE DU 5 JUILLET 1962 PRIS DANS L’OBJECTIF

Des photos et plein de souvenirs


Mohamed AÏt Aïssa avait 21 ans à l’indépendance de l’Algérie. Bel âge, alors étudiant en droit et employé à la société pétrolière SN REPAL. Bel été, période magnifique pour un jeune homme ayant à peine bouclé ses 21 printemps.

Phase éminemment solennelle pour lui, fils de militant actif et
férue politique et des chroniques de Germaine Tillon en faveur de la guerre delibération.

A 68 ans, Mohamed, sollicité pour un retour en arrière, a quelque peu hésité, par timidité peut être ,à se livrer et à parler de cette période , d’un passé , qui malgré les 46 années d’intervalle , reste vivace pour ceux et elles qui l’ont vécu avec «ferveur» selon ses propres termes.
«L’indépendance pour ma part a pris effet le jour du référendum le premier juillet 1962. J’étais dans une petite ville sur la côte Kabyle. On avait fui Alger et notre quartier de la rue Michelet parce que trois de nos copains avaient été abattus par l’OAS sous nos yeux. Les intimidations et autres moyens de pressions comme les fameuses convocations aux sièges des commissariats desquelles les Algériens ne revenaient jamais avaient ajouté un peu plus de crainte à séjourner dans la capitale» Mohamed avec un copain étaient sur la plage à 5 heures du soir lorsque à leur grand étonnement, des avions de chasse français faisaient des acrobaties dans le ciel «C’était quelques heures avant la déclaration des résultats du vote . L’issue était connue mais il fallait l’officialiser. Nous étions étonnés de ces numéros voltige. Le fait était que les soldats aviateurs heureux de l’annonce du cessez le feu, débarrassés de la guerre, exprimaient leur joie, eux qui étaient appelés à bombarder les montagnes.
Mohamed prit le chemin du village à 10km de la cité marine et alla annoncer à ses parents les résultats positifs du vote : « Le cessez le feu avait déjà permis aux moudjahidine de circuler librement dans les hameaux, il y en avait beaucoup qui revenaient dans leurs foyers pour la journée en regagnant les djebels le soir. C’était les prémices de cette liberté qui sera célébrée de manière grandiose et symboliquement le 5 juillet».

Mohamed reviendra dans la capitale au sein de sa famille maternelle à El Madania. Leur maison avait été plastiquée et incendiée par l’OAS «A El Madania, plus précisément à la cité des Jasmins les gens baignaient dans l’euphorie totale. Les Algérois en liesse, manifestaient le drapeau algérien flottant, chantaient, veillaient au bas des immeubles. Avec un ami, féru de photographies comme moi, nous avions décidé d’aller vers Médéa assister à la descente des djebels des premiers moudjahidine. Cet ami du même âge que moi avait une moto, un engin solide et de compétition. Munis de nos appareils nous avons pris les premières photos des moudjahidines entrant dans la capitale du Titeri. Sur des camions c’étaient des explosions de joie indescriptible. Une allégresse sans pareil. Femmes, enfants, vieillards sont partis sur les routes attendant le passage des hommes qui ont libéré le pays après sept années de guerre. Qui guettait un fils, un frère, un ami. Les Algériens étaient venus à la rencontre de leurs héros».

La route glorieuse, si glorieuse en ce mois de juillet les mena jusqu’à Alger. Mohamed et Nouredine firent le chemin en même temps que les premiers bataillons des combattants se dirigeant pour le rendez-vous historique du 5 juillet. «De tous les quartiers, rues, boulevards et autres voies en ce 5 juillet, les gens affluaient, vagues humaines dans des déferlements de joie. C’était un déluge humain sans pareil, où véhicules de toutes marques transportaient des grappes de personnes, femmes voilées, jeunes filles enfants, hommes jeunes et vieillards dans des ondoiements de drapeaux frappés de l’étoile et du croissant. Klaxons,youyous, chants patriotiques entonnés, slogans et les Tahia el Djazair répétés jusqu’à extinction des voix».




Mohamed revient sur le rassemblement populaire au niveau de la plage de Sidi Fredj : «La convention historique et non pas des moindres était d’aller sur la plage de Sidi Ferruch en même temps que certains leaders comme Krim Belkacem, Ben Khedda et d’autres pour la rebaptiser symboliquement Sidi Fredj et tout autant inscrire sur la page de l’histoire le départ définitif des Français et de la France en ce lieu emblématique par où elle avait débarquée».

Mohamed en se remémorant signale « la sacralisation des hommes, ces moudjahidine, du peuple, de ces journées mémorables en cette aube de liberté, de l’Algérie libre par ses enfants. Nous avons oublié la mort, les chouhada étaient vivants parmi les vivants, ils étaient revenus parmi nous et célébraient en même temps que nous leur résurrection, celle des générations d’Algériens morts sous la colonisation, à travers cet intervalle fabuleux et tant espéré. C’étaient les réjouissances. Le bonheur incontesté pour chacun de nous et en nous, à l’intérieur de nos corps et dans nos âmes».

Repris par la fougue de ces moments passés, Mohamed a une telle expression dans son regard et une telle intensité dans la voix que nous comprenons le vocable «sacralisation». qui n’est autre que le caractère religieux et sublime de cette période.
Il nous montre les légendaires photographies prises à l’aube de l’indépendance et les commente une par une «Nous étions les premiers reporters anonymes Nouredine et moi».
Le père de famille, fier de sa collection de clichés les revisite avec une pointe de nostalgie et une pensée à l’ami Nouredine.
«Il n’a pas eu le bonheur de vivre totalement la fête de l’indépendance, à peine quelques jours après notre virée à Médéa, il est mort tué par une balle perdue tirée par un moudjahid exalté, alors qu’il prenait des photos».

Nekechtali L.


ZEKRI, LE VILLAGE AUX 236 CHAHIDS

Un pan de notre Histoire

Qui n’a pas chanté, dansé ou pleuré de joie le 5 juillet 1962, journée où fut proclamée l’Indépendance de l’Algérie, après 132 ans de colonisation ?

L’Algérie qui supporta, près d’un siècle et demi le colon, décida d’arracher sa liberté, advienne que pourra. Elle en paya fort le prix. Qu’à cela ne tienne, et ce qui devait arriver, arriva en cette journée d’été 62. En effet, à l’instar de toutes les contrées de l’Algérie profonde, Zekri, anciennement appelé Taarousth, vécut dans l’allégresse cette journée mémorable. Pour faire revivre quelques instants de pur bonheur avec nos lecteur, nous sommes allés à la rencontres des artisans de la Révolution. Reportage. Zekri, 26 juin. Il fait un temps splendide. Une fois Tighil dépassée, les premières mechtas apparaissent, superbement accrochées aux pieds de montagnes verdoyantes.

Des figures et oliveriers ornent les abords de l’unique route desservant cette localité lointaine. Zone interdite durant la guerre de libération nationale, Zekri, commune-martyre, comptabilise quelque 236 chahids.
Les gémissements des moudjahidine, tombés au champ d’honneur, raisonnent à chaque coin de talus, et l’Histoire se lit sur tous les fronts basanés des vieillards. Rencontré à l’entrée du petit mais charmant village Tabouda, où est érigée une stèle dédiée à la mémoire des 12 chahids, Aâmi Arezki, septuagénaire, raconte les moments de joie vécus en cette matinée du 5 juillet 1962 : « Mon fils, nous avons trop souffert de l’harnais colonial. Voyez, mes épaules sont ployées sous le poids des sept ans de guerre, vécus dans les pires privations et l’injustice. L’Indépendance, nous l’avons arrachée de haute lutte.» Hadj Arezki est vieux, mais ses souvenirs n’ont pris aucune ride. Il possède une mémoire infaillible. Il fouille au tréfonds de ses réminescences et déclare que « le 5 juillet 1962, date de la seconde naissance des Algériens qui ont vécu dans le sang les affres de la guerre, tout le monde est sorti manifester son bonheur à Zekri. Les moudjahidine, qui n’ont pas vu les leurs depuis longtemps sont descendus des maquis. Nourris, les youyous fusaient de partout.
Les femmes ont aussi pleuré de joie, car elles ont vu partir, dès les premiers mois du déclenchement de la guerre, qui un fils, qui un mari. Plusieurs d’entre elles se sont évanouies de joie. Ce fut de grandes retrouvailles. Cette journée restera indélébile». On quitte le vieux. Direction Zekri-centre. A quelques empans du chef lieu communal, Saïd B., 78 ans, se prélasse au pied d’un frêne. A ses côtés, Lounes lit un journal. L’endroit est calme, mélancolique même. Avant de parler de la journée où l’Algérie recouvra son indépendance, Saïd B. fera un bref rappel des faits historiques. Barbe et cheveux blancs, le vieillard affirme avoir ravitailler les moudjahidine en denrées alimentaires et s’être acquittée mensuellement d’une somme d’argent versée pour l’achat des armes et autre logistique.

«Je suis fier d’avoir servi la Révolution. Dieu que furent difficiles les sept années de guerre ! Vous savez, on a mangé du pain fait à partir de glands concassés.» A propos de cette journée il dira tout uniment que «j’étais content, très content et j’ai même pleuré à la vue des moudjahidine, descendu du maquis les armes en bandoulière. Nul au monde ne pourra sentir notre joie que celui qui a vécu cette guerre meurtrière.»

ALMA TESGA, UN VILLAGE TÉMOIN DE L’HISTOIRE


A siège de la mairie, un employé au service de l’état civil nous informera que c’est à Alma Tegma que le colonel Amirouche a organisé le dernier conclave avant de tomber au champ d’honneur, le 11 novembre 1958. Plus connu sous l’appellation Aït Ahcaïne, ce a vu se réunir plus de 400 moudjahidine en cette nuit automnale. Pour y parvenir, il aura fallu emprunter une route qui n’en finit pas de monter. Puis l’on entame une piste en déclive. Le village est à quatre kilomètress en contrebas. Majestueuse, la montagne de Bounaâmane, qui servit d’hôpital durant la guerre, cache un pan entier de l’Histoire non encore écrite. Le chêne-liège pousse dru dans cette région qui fait face à la mer. Hormis un vieux couple venu d’Alger passer l’été ici, pas une âme qui vive. Alma Tegma est un village fantôme. Juste une dizaine de maisons, parsemée çà et là.

Les habitants ont dû quitter leur village pour raison d’insécurité, la mort dans l’âme. Le couple était d’une obligeance déconcertante. L’homme se proposa de nous montrer l’endroit où eut lieu le fameux conclave.
L’émotion fut à son comble, lorsque on arriva à la place où se réunirent, sous le commandement du colonel Amirouche, plus de 400 moudjahidine. Une stèle est élevée céans, et sur laquelle on lit «Ici s’est tenu, le 11 novembre 1958, un conclave sous la présidence du colonel Amirouche».
Une question vint à l’esprit. De quoi a-t-on parlé en ce mois de novembre 1958, s’est-on interrogé ? Toute une page de l’Histoire à écrire. L’on aurait souhaité rencontrer quelqu’un qui avait pris part à cette réunion pour recueillir son témoignage ! Dommage ! Tous morts nous a-t-on dit. Il ne subsiste, en guise de témoins, que deux frênes, plusieurs fois centenaires.

Djamel Oukali.


IL A SERVI DE CAMP DE CONCENTRATION ET DE CENTRE DE
TORTURE

Ksar el Abtal ou le vrai visage du colonialisme

*Il n’y a pas une région du pays, de douar, de mechta, qui ne porte les stigmates des sévices endurés par les Algériens durant l’époque coloniale. A Sétif, dans la daira de Ain Oulmène, Ksar Ettir, le Fort de l’oiseau, témoigne pour les générations post-indépendance, du prix payé pour la liberté. En 1956, exactement au mois d’octobre et alors que tout le pays était engagé dans la Révolution qui marque de plus en plus une adhésion massive des populations, l’armée française décide de créer ce camp voué aux travaux forcés, à la répression, à l’avilissement de l’être humain…3000 combattants de l’ALN connaîtront les affres de ce sinistre pénitencier, voués aux travaux forcés à perpétuité avec «un travail psychologique» visant à anéantir la détermination des Algériens à bouter hors du pays le colonialisme…..

Malgré la répression terrible, plusieurs pensionnaires de ce bagne ont témoigné dans la douleur du souvenir, les sévices administrés par les tortionnaires du camp.Selon un responsable de l’ALN, officier de son état qui est passé par là, le camp ne fut vidé de ses occupants qu’en 1962. Malgré les accords de cessez-le - feu et la mise en place de commissions bipartites pour l’échange de prisonniers entre l’ALN et l’administration française, 400 éléments de l’ALN considérés comme les «plus dangereux» en raison de leur appartenance aux commandos seront retenus jusqu’en juin 1962 au lieu d’être élargis aussitôt le 19 mars. Du centre de triage qu’il était, les 400 éléments de l’ALN en question seront acheminés vers El Eulma, témoigne Belgacem Bouchareb de la Wilaya 1.

Il nous raconte le fonctionnement de ce centre dirigé de main de maître par un certain capitaine Archeniau d’origine allemande secondé par les agents Mansour et Rio.
Le camp était organisé en 9 sections, chacune comportant quatre îlots regroupant 30 prisonniers. L’enceinte était clôturée de barbelés de 6 m de hauteur et le pourtour parsemé de mines. Aucun prisonnier n’a pu en échapper, selon les témoignages et les «prisonniers ont fait preuve de grande résistance» malgré les conditions de détention inimaginables, nous racontaient des moudjahidine de Ksar El Abtal , cette commune des Hauts Plateaux.

Seul un pensionnaire est mort en détention «à cause de sa maladie» nous indique Si Azzouz, le responsable de l’organisation des moudjahidine de Sétif.Taille de la pierre et dragage de l’oued derrière le camp (aujourd’hui asséché) sont les travaux auxquels s’adonnaient les prisonniers considérés comme des «perpètes», c’est à dire des condamnés à perpétuité sans possibilité de retrouver la vie civile, explique Si Azzouz. Comble du supplice, c’est par temps sibérien que les prisonniers nus étaient, de nuit, conduits à l’oued pour cette corvée. Les prisonniers étaient traités de façon inhumaine et appelés par leurs geôliers, bestialité oblige, à «creuser leur tombe et s’y installer, tailler la pierre ou encore tamiser l’eau de l’oued» ajoute Si Azzouz, qui relève que «ces actions visaient ni plus ni moins à l’intimidation, et à l’atteinte à leur moral de soldat, etc».

«CEUX QUI TENTAIENT UNE ESCAPADE ÉTAIENT À LA MERCI DES CHIENS»



Aujourd’hui Ksar Ettir a laissé place à une appellation digne des sacrifices de ses enfants, en 1962, les autorités décidèrent de la baptiser Ksar El Abtal ou Fort des héros. La commune qui a pris naissance autour de ce camp compte selon la stèle commémorative et le martyrologue qui y est dressé 106 chahid. Le premier est tombé au champ d’honneur le 25 octobre 1956 c'est-à-dire au moment où la soldatesque était déjà en train de finir ce grand bagne qui avait commencé par des tentes pour se terminer en dur à la sueur des pensionnaires raflés ou capturés pendant des embuscades. Pour le dernier chahids, ce sera en août 1962 soit quelques mois après l’indépendance, «rongé par les traces des sévices » raconte un de ses frères de combat. La génération qui a été derrière ces hauts faits de la résistance commence à se faire rare, certains emportés par la maladie. Le dernier qui a fermé le camp en juin 1962, le moudjahid Agdouche Diab a quitté les siens, il y a « une année et demi» nous précise Si Azzouz de l’organisation des moudjahidine de Sétif.
Il est tombé entre les mailles des soldats français à l’est, aux frontières alors qu’il se rendait à la tête d’une compagnie en mission d’acheminement des armes pour les maquis. Il sera l’un des 3000 détenus condamnés aux travaux forcés à Ksar Ettir . Le camp de sinistre mémoire qui accueillait des éléments d’une même famille, comme les frères Fellahi, Chamil , Bourif et d’autres encore n’avait pas enregistré de fuite, ceux qui tentaient une escapade « étaient à la merci des chiens » nous dit un ex- détenuLe camp est aujourd’hui un véritable musée, il a été visité en pleine phase d’achèvement par le ministre des Moudjahidine qui a souligné la volonté de l’Etat de «préserver la mémoire du peuple algérien et son combat pour la liberté et l’indépendance».

Kaddour. D.

Source :
http://www.horizons-dz.com

Publié dans Presse Algérienne

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